mountain blues

on memory, time, feelings and movement
lucie’s 2020-2021 diary
on the film




“The places that we have known belong now only to the little world of space on which we map them for our own convenience. None of them was ever more than a thin slice, held between the contiguous impressions that composed our life at that time; remembrance of a particular form is but regret for a particular moment; and houses, roads, avenues are as fugitive, alas,
as the years.”

Marcel Proust, Swann’s Way
(In Search of Lost Time vol.1)



    March 2018: I am in the Blue Mountains.
    March 2020: I am in lockdown in France.
    March 2021: I am in lockdown in London.


    Mountain Blues is a travel between these three times. It is a film about memory, a caption of the times I am living. The audience is opening a little time capsule, a window on my 2020-2021.

    My approach of Mountain Blues was comparable to a collage. I indeed produced materials everyday:drawings, writings, sound recordings, shooting film… editing them on a timeline every couple of weeks. 
    Composing the film by such an empirical process makes it comparable to writing a diary. All my materials were produced spontaneously.

    Lockdown is represented by these blue outlines, detailed and smoothly animated images. As I have time to contemplate my surroundings, I have time to draw.
   Whereas to illustrate the Blue Mountains fires, I used my imagination. When they happened, I barely looked at pictures.
    The focus of the film is the representation of my memories of Australia, by the flickering drawings.

    The starting point of the project is to use animation to display my remembering process. Here’s how I worked.
    I am recalling an Australian landscape and try to trace this image on paper. Then, I realize the representation is not accurate enough. The light wasn’t like this, the road not like that, and I correct my remembrance on the next piece of paper. As this process unfolds, the result is a succession of impressions from Australia, influenced by my memory capacity but also my feelings at the moment.

    This memory recalling method is therefore very impulsive and honest. The running of the drawings represents how remembrance is happening in my head. Each one of my frame is like what Proust calls a “thin slice”.







Les lieux que nous avons connus n’appartiennent pas qu’au monde de l’espace où nous les situons pour plus de facilité. Ils n’étaient qu’une mince tranche au milieu d’impressions contigües qui formaient notre vie d’alors, le souvenir d’une certaine image n’est que le regret
d’un certain instant ; et les maisons, les routes,
les avenues sont fugitives, hélas,
comme les années.


Marcel Proust, Du Côté de chez Swann
(À La Recherche du temps perdu vol.1)



    Mars 2018 : je suis aux Blue Mountains.
    Mars 2020 : je suis confinée en France.
    Mars 2021 : je suis confinée à Londres.


    Mountain Blues est un voyage entre ces trois temporalités. C’est un film sur les souvenirs, c’est un fragment de ma vie. Les spectateurs ouvrent cette capsule temporelle, une fenêtre sur mes années 2020-2021.

    J’ai composé Mountain Blues comme un collage. Chaque jour de septembre 2020 à mars 2021, j’écrivais, ou dessinais, enregistrais des sons, filmais… puis je montais ces éléments environ tous les quinze jours.
    Cette méthode, très empirique, est finalement similaire à celle d’écrire un journal intime.

    Les confinements sont représentés par ces dessins à la plume, aux contours bleus. S’ils sont plus détaillés et animés avec davantage de fluidité, c’est parce que confinée, j’ai le temps de contempler les objets qui font mon quotidien.
    Quant à la partie « centrale » du film, celle au fusain, elle évoque les feux qui ont brûlé les Blue Mountains fin 2019-2020. Lorsqu’ils sont arrivés, je n’ai pas beaucoup regardé de photos, j’ai donc travaillé d’après imagination. Ce qui explique pourquoi les dessins sont plus fragmentés, sont des morceaux de bois comme je peux voir dans n’importe quel pays.
    Le cœur du film est la représentation de mes souvenirs d’Australie, par ces dessins colorés qui défilent.

    En effet, le point de départ du projet est représenter le processus de se rappeler d’un souvenir, en utilisant l’animation. J’ai procédé ainsi.
    Je me souviens d’un paysage australien et j’essaie de le transcrire sur papier. Or, une fois le dessin « achevé », je réalise qu’il n’est pas exact. La lumière n’était pas ainsi, ni le chemin, et je corrige ces imprécisions sur l’image suivante. Au fur et à mesure, les dessins s’enchaînent comme une succession d’impressions de l’Australie, influencées par mes capacités mémorielles mais aussi par mes émotions du jour.

    Ce processus de dessin est donc très spontané et honnête. Chacune des images est ce que Proust désigne par une « mince tranche ».